Ma vie est bien pénible. Personne ne m'aime. Je vis nu.
Je ne suis pas beau, il est vrai mais est-ce une raison pour hurler de dégoût, lorsque non loin de vous, j'apparais ? Vos cris me font si mal au cœur que je m'efforce de rester caché afin de ne
point vous offusquer. Mon existence est austère et mes jours tellement tristes, qu'à chaque averse, je sors noyer ma peine dans les flaques du sentier. Votre jardin est ma demeure mais je ne m'y
sens à l'aise que camouflé, loin de vos regards épouvantés. Il me serait si agréable, qu'à l'image du papillon, de la coccinelle ou de la libellule, vous me remarquiez.
Hélas, je ne sais que ramper. Est-ce pour cette raison que vous me rejetez ?
Sous les pierres, je rêve en secret de votre regard admiratif, de votre main tendue, de votre sourire reconnaissant de me voir habiter à vos côtés.
Madame, afin que vous compreniez tous mes désirs, ce matin, je m'offre à vous malgré le beau temps relatif. Mon teint n'en sera que plus beau, mon corps plus élégant.
Vous avez traversé le jardin, sans même m'apercevoir.
On ne me remarque pas ou peu lorsque je me sèche au soleil...
Triste vie du lombric, du ver de terre le bienfaiteur de votre jardin…
Bernie et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital au domicile