Qu'il est bon, par une agréable soirée-télé, de se caresser l’oreille !
J'ai pour cela une technique très personnelle : du revers de l'ongle de l'index, je parcours le bord externe de mon pavillon, froid de préférence, sinon l'effet escompté n'est pas atteint.
L’ambiance calfeutrée d'un divan moelleux et cette petite masturbation innocente, il n'y a rien de meilleur. Je vous entends hurler, messieurs les psys, tant pis, c'est ainsi, c'est mon
truc à moi pour me rassurer quand je suis inquiète ou pour augmenter mon plaisir quand je suis bien, voilà.
J'aime aussi les belles oreilles chez les autres, pour les regarder, les toucher, leur chuchoter des mots doux, aussi. La nature a ses secrets. Ainsi, il est intrigant de voir que la
spirale, forme symbolique et parfaite du coquillage, de l'escargot, de la rose et j'en passe, se retrouve dans l'architecture de nos oreilles. En moins parfait, je vous l'accorde. Avez-vous déjà
observé la forme artistique du pavillon de votre oreille ? Si vous n'êtes pas seul, passez votre doigt sur ce relief mystérieux et unique de votre voisin. Oubliez les poils, s'il y en a, les
oreilles décollées et les poils des oreilles décollées. Simplement en un geste tendre, passez l'index sur le cartilage. Il y en a des petits, des grands, des mous, des durs. J'en ai même déjà vu
qui étaient tellement fins, que l'on y voyait au travers, par grand soleil.
L'oreille capte mes paroles, séduit ma vue, satisfait mon toucher. Les oreilles m'attirent, vous l'aurez compris. Je ne sais pas pourquoi. Je ne veux pas savoir pourquoi. A l'heure où j'écris ces
lignes, d'ailleurs, je caresse mon oreille droite. Peut-être est-ce là un langage ? Un langage entre elle et moi. Qu'entend-t-elle à ce geste ? Que cherche à lui communiquer ma
main ? Complices, nous nous faisons du bien.
N'est-ce pas la seule raison d'être de ce geste intime que, ce soir, je vous confie afin qu'un jour, si vous croisez une personne se frottant l'oreille du bout du doigt, vous vous dites:
« Tiens, c'est peut-être … »...
Joëlle et les filles de l’atelier d’écriture de l’hôpital