Liens

Dimanche 8 novembre 2009

De l’osier au panier ...
A Villaines les Rochers, en Touraine,…on travaille l’osier depuis 150 ans avec les mêmes gestes et le même amour. Bienvenue chez mes rois de la tresse.
Sur les terres limoneuses de la vallée de ’Indre et de Villaines, à quelques kilomètres d’Azay le Rideau, se trouve un village unique en son genre : Villaines Les Rochers. Son nom vient des troglodytes qui accueillaient jadis la quasi totalité de la population. Ces cavités creusées dans la falaise servaient également d’atelier pour la conservation de l’osier et la pratique de la vannerie. Car de l’osier et de la vannerie, il y en toujours eu. Mille habitants dont quatre vingt vanniers, Villaines Les Rochers vit toujours au rythme des saisons et des saules.
Une fois les feuilles tombées et la sève des arbres redescendue, en décembre, les branches de saule, âgées d’un an, sont coupées à la serpe et au sécateur. Ces branches, qui prennent alors le nom d’osier, ne seront travaillées que dix mois plus tard, à l’automne. Dix mois pour préparer les longues tiges, deux mois qui vont marquer la vie des vanniers.
L’osier compte une trentaine de variétés. Les plus couramment utilisées sont la grisette (Salix tiendra) pour la grosse vannerie et le noir de Villaines pour les objets de vannerie fine. La gavrange verte (Salix Viminalis) servent aux armatures, aux fonds de paniers et aux cerclages.
La récolte terminée, l’osier est trié, bottelé, puis stocké « les pieds dans l’eau » dans de larges bassin ou routoirs, alimentés par des fontaines. Dix centimètres d’eau suffisent à cette mise en végétation artificielle pendant trois mois. Objectif : attendrit le bois et l’écorce. Excepté l’alimentation en eau, l’homme n’aura plus à s’occuper des branches. Très vite, la sève remonte, donnant naissance à de petites feuilles vertes sur la moitié supérieure des tiges, l’écorce se ramollit et l’osier revit.
Au mois de mai - juin, les vanniers se préparent au gros du travail. L’osier va être dépouillé de son écorce. Pour ne pas altérer la qualité et la souplesse des tiges, l’écorçage doit être rapide. Tout le village met la main à la pâte pour transporter les lourdes bottes vers les machines.
Le temps, allié fidèle, fait son travail :
L’écorce ne mesurant que quelque dixièmes de millimètres, ce n’est plus l’homme qui se charge de l’ôter mais des rotatives. L’écorçage est l’une des rares étapes où la machine intervient. A cet instant, l’osier devient blanc et va être séché, debout contre les façades des maisons ou étalé aux alentours du village. Pendant 24 heures, Villaines prend des allures de village de bois. Toutes les bottes ne sont pourtant pas écorcées. Les tiges à l’état brut, moins esthétiques mais plus résistantes, seront transformées plus tard en paniers pour les écaillers.
Les brins de l’osier écorcés sont ensuite triés puis bottelés selon les tailles. Les plus petits mesurent 80 cm et les plus hauts atteignent 3 mètres. On entrepose ces bottes quelques mois dans un endroit sec et obscur pour éviter au bois de se patiner. Tout l’été, l’osier sèche dans les greniers. Fidèle allié des vanniers, le temps fait son travail pour durcir les branches mais avant son utilisation l’osier devra de nouveau tremper 2 à 3 heures dans l’eau pour retrouver sa souplesse. Par la suite, la température constante de 14° et  le taux d’hygrométrie d’environ 70% des caves et des grottes du village sont les conditions idéales pour stocker les tiges avant leur tressage.
Car pour travailler, le vannier attend de son osier qu’il soit parfait. C’est-à-dire non cassant, sans nœud ni branche, souple et bien droit, gage de qualité sur le produit fini.
Un matériau adapté toutes les époques :
Hormis quelques outils, ce sont bien les dix doigts du vannier qui font tout le travail. Ils serrent, tordent, poussent, redressent, entrelacent et même caressent l’osier ... presque une histoire d’amour. Côté outils, fendoirs, serpettes, sécateurs et épluchoirs tranchent ; alènes et poinçons perforent ; maillets, battes et fer à clore frappent ; marteau, égoïnes et tenailles marquent. Et c’est sur son aise, sorte de plancher long de 2,80 m, isolé à 10 cm du sol que le vannier travaille, assis. La sellette (plan incliné) calée entre ses jambes sert de support à l’ouvrage pendant sa fabrication. La magie de l’homme peut opérer.
Les vanniers perpétuent ainsi la tradition avec des gestes inchangés depuis 150 ans. Les objets en vannerie ont, eux, bien évolué. Qu’il soit à jours ou à claire-voie comme les cages à oiseaux, les berceaux ou les hottes à pain ; d’éclisses (lamelles d’osier) pour les vanneries fines ou d’osier rond pour les malles, les paniers à bûches ou encore les nacelles de montgolfières, l’osier prend aujourd’hui de nombreuses formes. Matériau de tradition, il sait aussi se moderniser quand il est associé au métal, au cuir ou à toutes sortes de tissus et ouvre ainsi des perspectives nouvelles, par exemple dans le mobilier contemporain.
Auparavant,  40% de la production est destinée à la présentation alimentaire des magasins de grande distribution, 30% sert en boulangerie traditionnelle (claies et bannetons sont en usage chez Poilâne), 20% part pour l’ameublement et la décoration, très prisés actuellement.
Fierté des artisans tourangeaux, les vanneries de Villaines s’exportent : 10% de l’artisanat local s’envole pour les États-Unis et les pays scandinaves. Autre sujet de fierté pour le vanniers, à celle seule, Villaines Les Rochers assure la moitié de toute la production française.
Ainsi va la vie de cet étrange village, bercé par les branches du saule devenues osier et par le bruit des outils. Et afin de ne pas oublier la tradition, les vanniers se retrouvent le second ou troisième  week-end de janvier pour fêter Saint Antoine, leur patron. De quoi redémarrer la saison dans la bonne humeur.
L’histoire de l’osier :
En cultivant le saule, l’homme a découvert l’osier et ses remarquables propriétés de souplesse, de robustesse et de légèreté. Aux premiers balbutiements de la vannerie, au XVIème siècle, les pionniers ont eu bien des difficultés à vendre leur production.
En 1849, l’abbé CHICOISNE, curé du village, décide de créer un groupement de production et fonde la société des vanniers de Villaines ( aujourd’hui coopérative, forte de 80 membres ). La société en comptait 140 en 1872. L’abbé fonde aussi la Société de secours mutuel (sécurité sociale). La vannerie connaît alors ses heures de gloire. Puis, il faut affronter l’avènement du plastique et du carton bouilli ; il faut se relever de l’interdiction du Ministère de la Santé d’utiliser l’osier comme conditionnement alimentaire. Avec de l’imagination et de l’audace, de nouveaux débouchés s’ouvrent aux vanniers.
Depuis 1960, la coopérative ne réserve plus son entrée aux seuls descendants des vanniers : elle accueille désormais tous les amoureux de l’osier.

Marie-Pierre, Emmanuelle et Bernie pour vous faire vivre cette balade au pays de l’osiériculture

Par Bernie - Publié dans : Balades - Randonnées
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus